Extraits de Florian apprenti journaliste de Mulhouse :
Si le chantier solidaire (construction d'un logement pour instituteur) a déjà commencé, tous ont encore en tête la fête d'arrivée qui, entre danses et sourires, constitue à elle seule une formidable expérience humaine. « Nassara, nassara !». A peine sortie de la route principale reliant Ouagadougou aux dix petits villages composant la commune rurale de Poa, les petits cris retentissent. La route est encore longue pour atteindre Noéssin, le lieu de résidence des jeunes gens. Une demi-heure de piste entre bas-fonds et flaques d'eau. Mais déjà les anciens sortent de leurs concessions, les travailleurs lâchent leurs dabas (outils utilisés pour cultiver la terre) et les enfants laissent sur place leur bétail pour venir saluer ce mini-bus et ces dix occupants, blancs. Car si nassara se traduit tout simplement par « blanc », ce terme ne se résume pas ici par une simple couleur de peau. A Poa, le blanc est un ami car il vient tous les ans pour construire un nouveau bâtiment, et ce depuis trente ans. A Poa, le blanc est forcément un « Ami de Poa ».
Le mini-bus ralentit et si les occupants du véhicule s'émerveillaient à tue-tête de toutes ces salutations, les bouches sont maintenant closes, les yeux grands ouverts. Au milieu des champs, la petite école construite il y a quelques années par les jeunes qui comme eux ont tenté l'expérience du voyage solidaire. Au milieu des champs une marée humaine s'avance d'un seul coup vers le véhicule. Des dizaines, des centaines de villageois, hommes, femmes, anciens, enfants : tous les villages alentours ont arrêté leurs activités pour venir saluer ces «nassaras » venus passer trois semaines en leur compagnie. Deux équipes de football locales, en pleine rencontre, stoppe leur confrontation pour venir encore essoufflés serrer la main des jeunes gens.
Les femmes dansent, puis le chef coutumier adresse ses salutations en moré, le dialecte des Mossis et c'est au tour des jeunes occidentaux de se présenter, la voix chancelante, le ton mal assuré, devant cette foule qui n'a d'yeux que pour eux. Car c'est un accueil normalement réservé aux rock-stars ou autres stars du football qu'ils sont entrain de vivre, et ils en sont conscients.
Vient la musique. « Les villageois se sont cotisés pour louer des enceintes et un groupe électrogène pour vous offrir une fête digne de ce nom » explique alors Abdoul, un résident de Poa proche de l'association. Du jamais vu dans la région ! Tous se mettent alors à danser en compagnie des villageois, de tous les âges, de toutes les situations. La fête se poursuivra alors très tard dans la nuit, les jambes lourdes mais le coeur chargé d'émotions.
La construction du logement pour instituteur a débuté pour les douze participants installés à Noéssin, petit village à une heure et demie de Ouagadougou. Entre coups de pelle et coups de pioche, les quatre mulhousiens, leurs six acolytes nancéens et les deux responsables, mettent la main à la pâte, ou plutôt au ciment, avec l'aide plus que profitable des villageois.
Six heures. Le réveil sonne, les moustiquaires s'animent, les yeux se décollent. Le réveil musculaire ne tarde pas. Les 400 mètres à parcourir depuis la pompe, chargés d'un bidon de 20 litres d'eau, attendent tous les matins les participants, alors que les esprits sont encore dans le sac de couchage.
Il est ensuite l'heure de prendre des forces, café instantané, pain, 1h30 pour bouillir l'eau... mine de rien tout prend du temps dans la vie en brousse. Passons aux choses sérieuses.
« La construction d'un logement est dur et demande certaines compétences. C'est pourquoi l'on s'entoure de professionnels, témoigne Cécile Pestelard, responsable du chantier pour l'association les Amis de Poa. Les conditions sont très difficiles ici pour des personnes habituées à un climat tempéré. Nous ne pouvons pas nous permettre une surcharge de travail. » En effet, si le thermomètre affiche régulièrement 35 degré la nuit, la journée et au soleil, il dépasse facilement les 40 degré voire 50! « J'ai été très surpris par l'aide des villageois. Ils sont là tous les jours à travailler volontairement avec nous. Quant on connaît les impératifs qui rythment quotidiennement la vie des burkinabè en brousse, on ne peut qu'être émerveillé par tant d'abnégation et d'altruisme. Et puis cela permet des échanges extrêmement intéressants, ainsi qu'une aide plus que bénéfique ! », témoigne Geoffrey, l'un des mulhousiens du voyage
Tout le village vit au diapason du chantier. Les femmes apportent les matières premières nécessaires à la construction, les hommes participent aux travaux avec une efficacité des plus remarquables. « On est obligé de les forcer à arrêter le travail l'après-midi ! », explique avec un sourire non dissimulé la responsable du chantier, pour illustrer cet engagement omniprésent. Au programme, ensuite, toute une série de visites et autres découvertes, souvent impossibles sans les contacts de l'association : rencontre avec le tradipraticien, consultation chez le marabou, découverte des traditions locales
« Des rencontres pleines de sincérité, des paysages magnifiques, des gens d'une générosité extraordinaire. Des enfants qui sourient à pleines dents, des femmes qui chantent et qui dansent, des hommes qui partagent chaque moment avec ces nassaras (blancs) venus partager trois semaines avec eux. Des discussions incroyables, un choc des cultures omniprésent, un aperçu sans compromis d'une société qui affole les indicateurs de développement humain. En résumé, des moments magiques, une expérience hors du commun ».
L'énumération est longue, les impacts sur la conscience ont été nombreux. Le bilan de l'expérience pour Geoffrey, jeune mulhousien de 22 ans, est très positif. Mais attention, ce n'était pas un pari gagné d'avance !
« Une expérience très dure physiquement »
Bien que prévisibles, les conditions de vie auront, elles aussi, marqué les esprits des jeunes participants. Un confort quasiment réduit au néant, des repères inexistants, une vie aux antipodes du standing européen. Plus concrètement, un demi seau d'eau en guise de douche, peu de sommeil, un chantier sous un soleil accablant, riz concentré de tomate au menu tous les jours, sans parler des toilettes.
« Une expérience extrêmement forte ! Dure physiquement, il fallait certaines fois prendre sur soi pour assumer les conditions de vie en brousse. Conséquence, un séjour rempli de leçons de vie ! », témoigne à son tour Guillaume.
Outre les traditionnelles turistas et autres petites indigestions, les systèmes immunitaires sont fortement mis à contribution à cette latitude. Une entérite, une salmonellose, et deux petits cas de paludisme ont été dénombrés durant le séjour. Mais au final, plus d'inconforts que de mal
Mais c'était effectivement bien là un mal nécessaire pour apprécier à sa juste valeur une expérience comme celle-ci. Tenter de comprendre la vie là-bas qui, entre insécurité alimentaire, labeurs harassants et crainte quotidienne de perdre un proche, n'a absolument rien à voir avec des vies européennes. « Comment peut on parler de développement durable alors que le chemin est encore si long vers le développement ? » s'interrogeait très justement Seydou Bouda, ministre de la santé du Burkina Faso, comme illustration du fossé inimaginable qui existe entre des conceptions occidentalisées de la société et les réalités africaines de la vie. Beaucoup de questions, donc, et beaucoup de réponses en un seul petit mois. Mais une interrogation reste en suspend. Comment un pays qui a vécu si longtemps sous tutelle française peut-il occuper aujourd'hui une des toutes dernières places (173e rang sur 179) du classement de l'indice de développement humain établi chaque année par l'ONU ? « Iaoto » répondront, fatalistes, les burkinabè.
voilà notre séjour raconté par Florian, je rajouterais quelques impressions et des photos par la suite... je dirai juste pour l'instant le fait que même en lisant des tas de choses tout doit être vécu pour le comprendre:
les rencontres, la fatigue (beaucoup), les émotions, le travail, la chaleur la transpiration, les privations de douche quand on a ses règles, le peu de nourriture (jusque moins 20 kilos chez les participants, que l'on a repris en france) tout ça se vie, la vie de groupe qui ne nous laisse aucun répit (hum hum), les odeures (ça c'est sympa)
y compris les cinquantaines de blattes autour des toilettes et les chauves souris qui nous frôlent en faisant pipi, les rats et les scorpions! les bestioles indescriptibles (bon j'aime pas trop les bébetes) on ne peut s'imaginer ce que c'est qu'en le vivant! moui j'ai décidé de finir avec une touche d'humour car bien sûr ce n'est pas ça l'essentiel même si ces petites choses peuvent épuiser psychologiquement certaines personnes... ce voyage n'est pas pour tout le monde. il est important d'être solide pour profiter pleinement d'un voyage humanitaire.
je garde un très bon souvenir, mais la prochaine fois j'irai dans un pays un peu moins "hammam"
je suis très heureuse de ce voyage à Noéssin.